Le soleil illuminait la vallée, dont la végétation émergeait tout juste de l’hiver.
Au milieu du paysage coulait une rivière, bordée par les platanes et tapissée de cailloux. Profitant du goulot creusé par le courant, le vent filait d’amont en aval sur la surface de l’eau.

Soudain, une crevasse déchira la vallée en deux. Et le vent, et la rivière, se précipitèrent en son sein.
Bientôt, le rugissement d’une armée surgit des profondeurs de la terre.
Mais ce bruit s’essouffla après quelques secondes. En chutant, l’eau et le vent virent tout autour d’eux des hommes gravir avec peine un escalier en pierre tapissant la paroi. Leurs visages étaient durs, et leurs ventres gras.

La montée dura deux heures. Cent se jetèrent dans le vide, frustrés par leur propre incompétence. Cent autres tombèrent évanouis vers l’eau, le vent et leurs camarades.Si bien qu’un petit nombre émergea au crépuscule dans la vallée. Ils y trouvèrent une herbe fraîche, et voulurent en profiter en s’autorisant une petite sieste.
Mais, aussitôt qu’ils mirent le cul à terre, une voix venue des profondeurs du monde aboya quelques ordres bien sentis.

Les gros hommes se redressèrent d’un coup, comme piqués par des taons.
Et, après s’être lancé des regards stupides, ils commencèrent à se taper les uns les autres.

Des baffes d’abord… Répétées, appliquées, enjouées…

Puis des coups de poing… Par binômes : l’un prend le coup, l’autre le donne, on inverse et on recommence.

Enfin, perclus de fatigue, ils se laissèrent tomber sur le sol et s’endormirent avec les vers de terre.
Pendant la nuit, l’air s’échappant de leurs naseaux tourbillonna dans la vallée, substituant au vent frais auquel elle était habituée, un souffle stérile et épais.

Vers cinq heures du matin, le ciel devint noir malgré l’aube pointant le bout de son nez.
Bientôt, des éclairs lacérèrent le ciel, et leur grondement se propagea jusqu’aux contreforts de la vallée.
Mais les hommes ne se réveillèrent pas.

Bientôt, la pluie chut des hauteurs du ciel – une pluie fraîche et rafraîchissante, attendue par les vers de terre et le lit de la rivière.
Mais le sol resterait sec, et l’eau absorbée par les hommes.

Soudain, la pluie fut stoppée dans sa course par le remugle des hommes. Et leurs miasmes empoisonnèrent ses gouttes tant et si bien qu’elles finirent par se transformer en sel.

Le sel s’abattit sur les hommes et fit ruisseler tous leurs organes vers la crevasse dont ils étaient sortis.

À sept heures du matin, le soleil se leva et – aveugle et fier – repris sa course  au-dessus de la vallée.

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInEmail this to someoneShare on Tumblr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *